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Le Figaro (França)

Les mécanismes de la virulence dévoilés

Publicado em 13 julho 2000

Por Marc Mennessier

L'annonce du décryptag complet du génome de la bactérie Xylella fastidiosa constitue un double événement. Non seuloment, c'est la première fois qu'un micro-organisme pathogène pour les végétaux est sequencé, mais, surtout, ce travail remarquable, publié aujourd'hui dans la revue Nature, est 1'ceuvre d'un consortium de laboratoires brésiliens. Le fait que ce pays émergent dans le domaine de la bio1ogie se soit impliqué dans ce projet, avec le soutien de I'Institut national de la recherche agronomique, ne doit rien au hasard:la bactérie séquencée est un redoutable ravageur des agrumes et le Brésil, qui produit le tiers des oranges vendues dans le monde, compte bien utiliser ces connaissances pour maîtriser ce fléau.

Depuis aujourd'hui, Xylella fastidosia est la vingt-quatrième bactérie dont la génome, entèrement séquencé, est mis à la dispositon de la communauté scientifique. Pour en arriver là, les généticiens brésiliens, regroupés au, sein d'un consortium rassemblant une trentaine d'organismes de recherche (voir encadré), ont << lu >> les 2 731 748 bases (les lettres A, T, C, G) situées sur le chromosome et les deux plasmides (morceaux d'ADN situés à l'intérieur de la cellule) de ce micro-organisme, responsable d'une grave, maladie: la chlorose variégée des agrumes (oranger,citonnier, etc.)

Au Brésil et notamment dans l'Etat de Sao Paolo, qui fournit,avee 800 000 hectares de vergers, le tiers de la production mondiale d'oranges et près de la moitié des jus d'orange concentrés, cette pathologie, apparue en 1987, fait figure de catastrophe nationale. Un tiers des 250 millions d'arbres est atteint, dont 10% très gravement. Appauvries en chlorophylle, les feuilles jaunissent et les fruits, durs et de taille réduite, ont me piètre valeur commerciale.

Au début des années 90, Joseph Bové, professeur émérite de l'université Bordeaux 2, et Monique Garnier, directrice du laboratoire de biologie cellulaire et moléculaire de la station Inra deVilenave d'Ornon (Gironde), identifient X.fastidosia, comme étant l'agent causal de 1'épidémie. Ce parasite se multiplie dans l'intestin de ciccadelles qui se nourrissent de la sève brute de l'arbre. Ce faisant, ces petits insectes assurent la disséminaton de la bactérie à l'intérieur des vergers.

Lorsque, en 1997, la Fondation pour le soutien de la recherche et de la technologie de l'Etat de Sao Paolo (Fapesp) projette d'inciter les laboratoires brésiliens à se lancer dans le séquençage d'une bactérie, Joseph Bové se propose de fournir des clones de X. fastidosia produits à l'Inra de Bordeaux. Dans le même temps, une banque d'ADN de la bactérie, dont les fragrnents seront utilisés pour le séquençage, est constituée avec le soutien de Frédéric Laigret, chercheur à l'úversité Bordeaux 2.

Démarré fin 1999 et achevé au début de cette année, le décryptage du génome de la bactéria a permis de repérer 2 904 régions codantes (parties du génome porteuses d'une information biologique) dont on connaît, pour 47 % d'entre elles, la fonction probable. Les chercheurs brésiliens ont notamment montré que seulement 67 gènes sont impliqués dans l'assimilation du fer prélevé par la bactérie dans la sève brute de l'arbre, assimilation responsable du symptôme de chlorose (jaunissement). Ils ont également localisé des gènes codant pour des protéines responsables de l'adhésion cellulaire décelées jusqu'alors uniquement chez les bactéries parasites de 1'homme ou de l'anirnal. Ce qui signifie que les bases moléculaires de la pathogénicité des bactéries sont les mêmes quel que soit leur hôte.

<< Identifier précisément les gènes de X. fastidosia et élucider leur fonction devrait permettre d'améliorer, à terme, la lutte contre le fléau >>, explique Joseph Bové. Cette phase << post-génomique >> vient de commencer avec la mise au point de collections de souches mutantes. Les producteurs d'agrumes brésiliens qui ont cofinancé ces recherches attendent avec impatience leurs retombées pratiques.

Le Brésil parmi les grands

En parvenant à séquencer le génome de la bactérie Xylella fastidiosa, le Brésil se hisse au niveau des puissances << biologiques >> de la planète: Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Japon, Allemagne. L'nitiative est venue, il y a trois ans, de la Fondation pour le soutien de la recherche scientifique et technique de I'Etat de San Paolo (FAPESP). Soucieuse de développer la biologie moléculaire, cette institution qui gère le produit de l'impôt destiné à la recherche, lançait par ce biais une sorte de plan keynesien de relance appliqué à la seience. La FAPESP a fourni à chacun des trente laboratoires qui ont répondu à son appe1 d'offres un séquenceur dont le prix unitaire avoisine les 700 000 francs. Ces efforts ont payé. Mieux, les Etats-Unis viennent de commander aux Brésiliens le séquençage d'une souche de X.fastidiosia qui s'attaque à leurs vignobles. Et qui pourrait bien un jour menacer l'Europe et la France. Pas étonnant que ce grand pays ait été invité aux côtés de la Chine, de l'Inde et du Mexique à participer, fin juin, à Bordeaux, à la réunion des ministres de la Recherche du G8.